Mémorial de la Shoah — entretien d’Yvette Lévy réalisé par des élèves du groupe scolaire de l’Assomption à Bondy.
De l’ombre à la lumière
Avant l’oubliLucie Fuantes
Une vie française brisée par la persécution, traversée par la déportation et portée jusqu’à nous par les archives.
Lucie enfant · archive familiale
31·07·1944
14 juillet 1921 · Maubeuge
Une enfance française
Lucie Suzanne est l’aînée des trois enfants de Yéchona Fuantes et de Fortunée Sabah. La famille s’installe ensuite à Saint-Quentin. Lucie y fréquente l’école de la rue des Patriotes dès 1927 ; ses frères Albert et Maurice sont scolarisés à l’école Michelet.
Ses parents, originaires de Constantinople, deviennent français en 1933. Derrière les actes administratifs apparaît une famille installée, des enfants scolarisés et un avenir construit en France.
Saint-Quentin · les enfants Fuantes
20 octobre 1942 · Préfecture de l’Aisne
Françaises, puis désignées comme juives
Le régime de Vichy réexamine les naturalisations accordées depuis 1927. Le rapport administratif reconnaît la bonne conduite de la famille, puis transforme son identité juive en motif de suspicion.
« Leur conduite et leur moralité sont bonnes […] Cependant, ils sont de confession israélite. »Rapport préfectoral, 1942
18 juillet 1944 · 58 rue Sedaine, Paris
Arrêtées ensemble
Quelques mois après la mort de Yéchona, Fortunée et Lucie sont arrêtées à leur domicile par la Milice française. Lucie indiquera elle-même le motif dans son dossier : « israélite ».
Deux témoins confirment qu’ils ont vu la mère et la fille emmenées ensemble. Les archives établissent clairement le caractère antisémite de l’arrestation.
française
19–31 juillet 1944 · Drancy puis Bobigny
Douze jours avant le départ
Lucie et Fortunée sont internées à Drancy sous le même numéro de dossier : 27163. Le 31 juillet, elles sont conduites à la gare de Bobigny et déportées vers Auschwitz-Birkenau.
À cette date, le camp est dirigé par le SS Aloïs Brunner, qui en a pris la direction en juillet 1943. Cette responsabilité éclaire l’organisation des déportations ; aucune pièce du dossier ne permet toutefois d’affirmer qu’il a personnellement rencontré Lucie ou Fortunée.
Sur un mur de Drancy, Lucie inscrit son nom et celui de sa mère, leur adresse, leur arrivée le 19 juillet et leur déportation le 31 juillet 1944 : une trace directe de leur passage.
Graffiti de Drancy · juillet 1944
Nuit du 2 au 3 août 1944 · Auschwitz-Birkenau
Une séparation définitive
Le Convoi 77, parti le 31 juillet, arrive dans la nuit du 2 au 3 août. Vers deux heures du matin, selon sa déclaration, Lucie est séparée de sa mère. Fortunée, âgée de quarante-six ans, est assassinée ; Lucie est sélectionnée pour le travail forcé.
« Nous avons été séparées à l’arrivée […] ma mère pour le four crématoire. »Lucie Fuantes, déclaration de 1952
Lucie indique : Auschwitz du 2 août au 15 septembre, Birkenau du 15 septembre au 4 octobre, puis Kratzau jusqu’à sa libération le 8 mai 1945.
Reconstitution croisée : Lucie ne donne pas son numéro de block. Mais Yvette Lévy, déportée par le même convoi puis transférée elle aussi à Kratzau, décrit l’entrée du train dans Birkenau, la sélection, la Sauna et la quarantaine des femmes dans les anciennes baraques du secteur des familles roms. Cela permet de situer le parcours probable du groupe — sans transformer cette localisation en certitude individuelle pour Lucie.
Fortunée Sabah · archive familiale
31 juillet — 3 août 1944 · De Bobigny à Birkenau
Suivre le Convoi 77
Activez chaque étape pour suivre le train à travers la France et l’Allemagne jusqu’à la Pologne occupée. Le tracé est une reconstitution originale établie d’après l’itinéraire publié par l’association Convoi 77.
Kratzau apparaît en or : cette dernière étape n’appartient pas au trajet du train. Elle correspond au transfert ultérieur de Lucie, comme de plusieurs survivantes.
Consulter l’itinéraire sourceBobigny
Après leur internement à Drancy, les déportés sont conduits en autobus à la gare. Le Convoi 77 part vers midi.
31 juillet 1944 · Même convoi, plusieurs voix
Écouter deux rescapés
Yvette Lévy et Abraham Fridman sont déportés par le même Convoi 77 que Lucie. Leurs témoignages rendent sensibles l’arrivée, la sélection et le travail forcé que les dossiers administratifs racontent à peine.
Précision historique : leurs parcours éclairent celui du convoi, mais restent différents. Aucun document présenté ici n’établit que Lucie connaissait Yvette Lévy ou Abraham Fridman.
Découvrir l’entretien source29 juin 1945 — aujourd’hui · Paris, Hautmont
Faire revenir un nom à la lumière
Lucie rentre seule à Paris. Par ses déclarations et ses démarches, elle laisse les preuves qui permettent aujourd’hui de restituer le destin de Fortunée et son propre parcours.
Projet réalisé par Karima AFEJJAY, Nadia Ihya, Anne-Cécile Viez et Perrine Meuret, avec les élèves du lycée Placide Courtoy à Hautmont, dans le cadre du projet Convoi 77.
Sources : état civil, dossier de naturalisation, rapports de police, certificats de scolarité, fiches d’internement de Drancy, liste du Convoi 77, dossiers du ministère des Anciens Combattants, déclarations de Lucie Boeno née Fuantes, photographies familiales, archive de l’école Michelet et graffiti de Drancy. Itinéraire et témoignages d’Yvette Lévy et d’Abraham Fridman : association Convoi 77 et Mémorial de la Shoah. Les formulations distinguent les faits établis des éléments incertains.
transmise